les épouvantails (ou la fabrication de l'opinion)

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les épouvantails (ou la fabrication de l'opinion)

Message  gros branleur le Dim 23 Nov - 15:21

Fabrication d’épouvantails, mode d’emploi

Par DANIEL SCHNEIDERMANN

Stupeur et consternation ! Les terroristes «d’ultragauche» accusés par la ministre de l’Intérieur d’avoir saboté des caténaires de TGV, vivaient
paisiblement à Tarnac, petit village de Corrèze. Ils y tenaient même
l’épicerie-bar. Les habitants du village expriment tout le bien qu’ils
pensaient de leurs commerçants uniques. Qu’à cela ne tienne. Les
journaux télévisés unanimes brodent sur la clandestinité du groupe, «qui avait balancé ordinateurs et téléphones portables». Une épicerie, peut-être, mais «une épicerie tapie dans l’ombre», précisa fort sérieusement un journaliste de France 2.

Le journalisme policier est un art difficile. Il ne s’agit pas
seulement de recueillir les confidences des enquêteurs, et de tenter
tant bien que mal de séparer infos et intox. Il faut encore leur donner
la forme d’un roman conforme à ce qu’attendent, selon les cas, les
lecteurs, la hiérarchie du journal, ou le ministère. D’où la
fabrication ultrarapide «d’épicerie tapie dans l’ombre», d’un «commando» composé d’un «cerveau» et de «lieutenants» réfugiés dans un «QG» ou de «nihilistes potentiellement très violents».
Fabrication, ou résurrection ? Aux plus âgés d’entre nous (disons,
les quadragénaires bien avancés) les journaux télévisés de la semaine
dernière auront au moins rappelé leur jeunesse. Aux «prêcheurs barbus des caves», aux «gangs ethniques des banlieues», a en effet succédé une autre catégorie de «méchants», bien oubliée, «la mouvance anarcho-autonome».
Et resurgissent pêle-mêle les fantômes des glorieux prédécesseurs de
MAM, Michel Poniatowski (ministre de Giscard), ou même Raymond
Marcellin, titulaire du poste sous Pompidou.
Dans ce concours de fabrication d’épouvantails, notre confrère du Figaro, Christophe Cornevin, se classe hors catégorie. Les ultraépiciers de Tarnac, aux yeux du Figaro, étaient «en totale rupture de ban avec la société», «embarqués dans un mode de vie altermondialiste, vivotant pour certains du négoce de produits agricoles, fuyant le regard des rares riverains qui les entouraient, ces apprentis terroristes de la gauche ultra présentaient un profil bien particulier. Agés de 25 à35 ans pour le plus âgé, ces nihilistes considérés comme «potentiellement très violents» étaient articulés autour d’un petit «noyau dur» d’activistes déjà fichés pour divers actes de violences et de dégradation. A priori, aucun d’entre eux ne travaillait. «Cela ne correspondait pas à leur philosophie», lâche un enquêteur. Les femmes de la bande, quant à elles, sont plus volontiers dépeintes sous les traits de "filles de bonne famille issues de la bourgeoisie de province". Un profil somme toute guère étonnant au regard de la jeune fille chic en Burberry qui répondait au nom de Joëlle Aubron à l’époque d’Action Directe».
Paresse, lâcheté, violence, trahison de sa classe d’origine : tous
ces traits de caractères individuellement, sont inquiétants. Regroupés,
ils composent un tableau terrifiant. Le lendemain, le titre d’un
article du même journaliste nous apprend que «l’ADN est au cœur de l’enquête». Mais au cœur de l’article… rien sur les preuves ADN.
A croire d’ailleurs que la fabrication d’épouvantails médiatiques est une spécialité en soi. Une recherche au sujet de Christophe Cornevin dans le moteur Google, donne une idée de l’ampleur des compétences du confrère. «Une dizaine de lascars sont affalés sur les bancs de la salle des pas perdus de la 23e chambre correctionnelle, écrit le journaliste. Agés de 17 à 22 ans, ils sont dans leur écrasante majorité originaires d’Afrique noire» (7 septembre 2007, article intitulé «L’essor des gangs africains dominés par le vol et la violence»). «Les barbus s’activent derrière les barreaux», titre leFigaro en septembre. Détails : «Ces religieux clandestins se sont radicalisés en surfant sur Internet, confie un haut responsable de l’AP. Ils distillent des fragments de sourates pouvant faire référence à la violence et reprennent un discours moyenâgeux pour convertir leurs compagnons de cellule.»
Mais lorsque la tendance des épouvantails vire au modèle «trader fou», notre artisan sait aussi se reconvertir, comme dans cette description balzacienne des objets saisis lors d’une perquisition chez l’ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel : «Sur une table placée aux abords de l’impressionnant écran plat qui trône dans la pièce principale, ils ont notamment trouvé deux téléphones portables, un livre de réglementation bancaire, un numéro de la revue Investir intitulé «Comment s’enrichir en 2008», une canette entamée, une boîte de cigares Monte-Cristo et un exemplaire du Coran comprenant une version arabe et sa traduction en français.»
Ça ferait rire, si ça ne faisait pas peur. Ça ferait peur, si ça ne faisait pas rire.

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Re: les épouvantails (ou la fabrication de l'opinion)

Message  clomani le Dim 23 Nov - 16:26

C'est exactement ce que je pense...
Ces larbins au pouvoir sont vraiment dangereux... ca me rappelle ce pauvre Powell et ses petites fioles, devant l'Assemblee Generale de l'ONU en train de dire qu'il a la la preuve que l'Irak a des ADM:
Aussi dangereux que mensonger Evil or Very Mad

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Re: les épouvantails (ou la fabrication de l'opinion)

Message  gros branleur le Mar 25 Nov - 1:42

http://www.acrimed.org/article3012.html

Tripatouillage sur « l’ultra-gauche », en direct de France Inter

Publié le 24 novembre 2008 par Olivier Poche

Après les sabotages des lignes TGV, le 8 novembre dernier, neuf personnes, présentées comme membres d’une « mouvance anarcho-autonome » et « d’ultragauche » par la ministre de l’Intérieur ont été mises en garde à vue. Les médias, par l’odeur alléchés, se sont jetés sur cette affaire, en relayant en général la version officielle. Dernier épisode de cette chasse aux coups médiatiques sur un sujet « croustillant », au moins aux yeux de ceux qui le couvrent : l’annonce tonitruante sur France Inter d’un « scoop » sur cette ultragauche qui prend les armes, scoop qui se dégonfle aussitôt promis, comme le reconnaît, à contrecœur et à mots couverts, le journaliste pris la main dans le pot de confiture.

Samedi 22 novembre, dans « Eclectik », l’émission de Rébecca Manzonni sur France Inter, Thomas Chauvineau consacre son « journal de bord » à ceux qu’on présente comme des « militants d’ultragauche », et qu’il a rencontrés chez eux. Il interroge en particulier « Bertrand », arrêté puis relâché dans le cadre de l’enquête. Dans le journal de la mi-journée, deux heures plus tard, Denis Astagneau revient sur ce reportage – et revient avec un « scoop » qui mérite d’être reproduit en intégralité :

Le « scoop » de 13 heures

- Denis Astagneau : Et puis je vous propose un scoop. L’ultragauche est-elle en train de s’organiser en France ? La question se pose après l’arrestation de plusieurs militants ou sympathisants dans le cadre de l’enquête sur le sabotage des lignes SNCF. Trente ans après Action Directe, ces militants sont-ils prêts à passer à la clandestinité et à la lutte armée ? Dans ce journal, je vous propose donc d’écouter ou de réécouter le témoignage d’un ultragauchiste que Thomas Chauvineau a rencontré […]. Ce militant vit en communauté, et quand on le pousse dans ses retranchements, il n’exclut pas la lutte armée.

On entend alors un extrait du reportage :
- Voix de « l’ultra-gauchiste » : Evidemment, « révolutionnaire », ça fait sympa, ça fait 68, ça fait LCR, ça fait Besancenot, c’est sympa. « Terroriste », ça fait assassin, ça fait meurtrier, ça fait des milliers de morts, ça fait des bombes, ça fait des voitures piégées, etc. Donc si on veut criminaliser les gens, si on veut les faire passer pour des gens qu’il faut mettre en prison, on va pas les appeler « révolutionnaires ». On va les appeler « terroristes », et là, je dirais, l’opinion publique sera évidemment du côté du gouvernement, qui, normal, chasse les méchants terroristes.
- Thomas Chauvineau : Mais vous, vous vous estimez révolutionnaire ?
- Bertrand : Oui… Sûrement pas au sens de la LCR, sûrement pas au sens de mai 68 non plus.
- Thomas Chauvineau : Alors dans quel sens ?
- Bertrand : Une révolution… Une révolution dans le sens où tout doit changer.
- Thomas Chauvineau : Dans la bibliothèque, là y’a un livre d’Auguste Blanqui, qui s’appelle Maintenant il nous faut des armes, est-ce que ça passe aussi par ça ?
- Bertrand : C’est une hypothèse politique…

Et le journaliste conclut :
- Denis Astagneau : Une hypothèse politique, donc… euh… cet ultragauchiste. Propos recueillis pas Thomas Chauvineau.

On peut, à ce stade, se dire qu’un « scoop » sur « l’organisation » de l’ultragauche et son basculement dans « la lutte armée » qui se réduit finalement au commentaire d’un livre par un de ces supposés militants, c’est un peu maigre. Mais on peut aussi avoir envie d’en savoir plus. Et l’on n’est pas déçu quand on écoute l’émission à partir de laquelle on a fabriqué cette (dés)information.

Le reportage original diffusé deux heures plus tôt

Avant le reportage proprement dit, Thomas Chauvineau précise d’abord, à propos de ces jeunes gens dont « Bertrand » fait partie : « Première surprise : alors qu’on parlait d’une ultragauche, eux ne se revendiquent même pas de gauche ». Voilà pour « l’ultragauchiste », qui l’est donc devenu par la grâce de Denis Astagneau. Mais surtout, on constate que ce dernier a effectué une coupe, et que la discussion a été tronquée – au bon moment...

Voici donc l’entretien sans la coupe opportune réalisée au treize heures :
http://www.acrimed.org/IMG/mp3/bertrandultagauche.mp3

… et la transcription du passage « oublié » :

- Bertrand : C’est une hypothèse politique…
- Un autre militant : Des armes, ça peut être une arme psychologique, enfin c’est avoir une pensée, une réflexion, avoir des références, faire des lectures… Les armes… je pense que le raccourci il est trop simple… Je veux dire… Les armes c’est un flingue qu’on va pointer sur n’importe qui dans la rue, qu’on va descendre à tout bout de champ… Rien à voir avec ça . Je sais pas, en premier lieu, la première chose qu’on a à partager, c’est nos idées, quoi, c’est nos réflexions, c’est nos discussions, c’est évoluer ensemble.
- Une autre : Clairement, on ne prône pas la lutte armée . Justement, quand on faisait… on regarde les erreurs du passé, on regarde les erreurs de la RAF [1], ou des brigades rouges qui se sont mis en groupuscule armé, ça non.
- Thomas Chauvineau : C’est pas ce que vous avez envie de faire.
- La même : Non .

Dans la version du « scoop » inventé par Denis Astagneau, le reportage a été coupé pour lui faire dire à peu près le contraire de ce qu’il disait : ce que l’auditeur n’entendra pas au journal de treize heures, ce sont ces deux autres prétendus « ultragauchistes » – a priori de la même « mouvance »… – affirmer sans ambiguïté leur rejet de la lutte armée.

Un bidouillage assez grossier pour que le journaliste se fende d’un correctif le soir même. Avec professionnalisme, et une parfaite mauvaise foi.

Le « correctif » du soir

- Denis Astagneau : Et puis la politique toujours, vous avez peut-être entendu dans le journal de treize heures l’interview d’un militant de l’ultragauche , c’était un extrait d’un reportage de Thomas Chauvineau pour l’émission Eclectik de Rebecca Manzoni. Dans cette interview ce militant parlait d’armes, mais il s’agissait vous l’aviez compris d’armes politiques ou psychologiques. Certains l’ayant mal compris, il convenait de le préciser.

« Vous l’aviez compris ? » Naturellement. On vous « propose un scoop », à propos d’une ultra-gauche qui « s’organiserait », et qui « trente ans après Action Directe », est prête à (re)prendre les armes. Le scoop est le suivant : certains militants de cette mouvance « n’excluent pas la lutte armée ». Pour preuve, un « ultra-gauchiste » déclare qu’une « révolution » passe aussi par « les armes » : c’est une « hypothèse politique ». Qui n’en tirerait pas cette conclusion évidente, qu’il s’agit « d’armes politiques ou psychologiques » ? Si évidente qu’on se demande comment, en effet, certains ont pu s’y tromper, ou « mal comprendre ».

Qui croyait et croit encore être en droit d’attendre des excuses, ou à tout le moins des explications, devra se satisfaire de ces pitoyables « précisions » qui mettent sur le compte de « certains » une prétendue incompréhension… de ce qu’on avait tout fait pour suggérer. Devant tant de rigueur journalistique, on se contentera de soumettre à Thomas Chauvineau un solide sujet de reportage pour les semaines à venir : une enquête sur les recettes de fabrication des « scoops », sauce France Inter.

Olivier Poche
Notes

[1] Fraction Armée Rouge (Rote Armee Fraktion en allemand), aussi connue sous le nom de bande à Baader.

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Message  clomani le Mar 25 Nov - 11:59

La, le tripatouillage a ete general sur tous les mass media. Mon pote proche des reseaux anars me disait que le journal que ces pseudo ultra gauche ont cree offrait des articles de gens plutot allumes mais pas de revolutionnaires, encore moins de terrorriiiiiisssses.

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