les 2 peuples (de F PLassard)(1)

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les 2 peuples (de F PLassard)(1)

Message  sam telam le Ven 22 Fév - 11:51

1
Alors que nous n’avons jamais été aussi performants pour produire des
richesses utiles et inutiles, pourquoi le constat des inégalités criantes conjugué
au sentiment d’effondrement, de peur, d’impuissance du politique et des élites,
de ruptures à tous les niveaux, n’a t-il jamais été aussi fort ? Notre avenir
ressemble t-il à celui d’un Titanic s’échouant sur les icebergs d’une crise
sociale, écologique, monétaire sans précédent ?
Ou cette crise de confiance qui dans sa dimension individuelle et collective
prend l’aspect d’une dépression émotionnelle, est-elle l’étape nécessaire à la
difficile métamorphose d’une chenille en papillon ?
Le contexte :
Titanic ou chenille, ce dont il s’agit c’est la mutation du modèle de société de
type occidental fondé sur le marché comme forme exclusive d’échange entre
les hommes. Un modèle qui en trois siècles, s’est étendu comme une vague
déferlante au monde entier. Sera t-il submergé par la vague même à laquelle il
a donné naissance ? « Profit, accumulation » seront-ils encore les deux mots
clés de la société de nos petits enfants ?
Historiquement les formes classiques de l'accumulation des richesses
monétaires du Système Capitaliste Libéral Occidental ont eu deux moteurs :
1- L'exploitation des gisements de main d’oeuvre « bon marché » et de
matières premières « gratuites? » périphériques. La Colonisation
relayée après 1947 par les délocalisations au nom du
« Développement » s’inscrivent dans ce processus. L’uniformisation
des repères culturels nécessaire à l’extension du règne de la
marchandise, en a été la condition ;
2- La guerre qui même partielle (on dit maintenant chirurgicale)
permet le retour de l’accumulation. (Ne dit-on pas au café du
commerce « une bonne guerre et çà repart ! »). Ce fut la solution de la
crise de 1929 qui sur de nombreux aspects (emplois, chute du pouvoir
d’achat, inégalités, dettes, spéculation et finance..), ressemble à celle
d’aujourd’hui.
Titanic ou métamorphose ?
Les deux peuples de France
2
Mais depuis les années 1970 un troisième moteur d'accumulation de profit se
met en place complémentairement au deux premiers. Il a pour nom :
« révolution technologique ».
De portée encore plus considérable que la révolution technologique du XIXème
siècle qui a porté l'ère industrielle, cette révolution technologique en cours se
traduit par des nouveaux matériaux, de nouvelles énergies, un nouveau
rapport au temps (instantané) et à l’espace avec Internet, un nouveau rapport
au vivant avec les biotechnologies et nano technologies.
Au premier regard, pour notre société du tout marché, où « ce qui ne se
compte pas-en argent- ne compte pas ! », cette révolution technologique a le
même effet qu’une guerre pour restaurer des taux de profit. Les outils de
production des adversaires sont rendus obsolètes et leurs travailleurs
deviennent des morts économiques. D’où le nom que lui donnent certains
économistes de « destruction créatrice ».
Mais bien plus encore que d’être des objets ou outils que nous possédons et
qui en retour nous possèdent, ces produits (automates, ordinateurs..) de la
révolution technologique, transforment en profondeur nos manières de
produire (avec de moins en moins de travail humain), de consommer et de
vivre au quotidien.
Cette destruction créatrice va t-elle changer nos sociétés humaines dans ses
fondements en mettant les mots « partage, responsabilité et réciprocité » au
coeur d’une nouvelle manière de vivre ensemble ? Ou au contraire cette
destruction créatrice va t-elle mettre sa puissance au service du modèle du
tout économique qui fait du profit sa seule finalité ?
Pour apprécier de manière prospective, avec la métaphore du Titanic ou de la
Métamorphose, les évolutions possible de notre société de marché globalisé à
l’ensemble de la planète, avec l’entrée de la Chine et de l’Inde en « religion de
marché », observons à notre échelle française (avant de l’extrapoler) les
premiers effets sur trente ans de la « destruction créatrice » de la révolution
technologique et la manière qu’ont nos institutions de s’y adapter ;
Dans la théorie des sentiments moraux, Adam Smith théoricien de
l’économie libérale de marché (1759) exprime que « la recherche de
reconnaissance est l’un des plus puissants mobiles de la vie en
société ». Mais que devient ce mobile dans une société qui a lié
exclusivement la reconnaissance à un travail sous forme d’emploi, lui-
même condition de l’obtention d’un revenu monétaire dans une société
de plus en plus urbaine, donc fragile dans sa survie ?
Les deux peuples de France : les travailleurs et les exclus
du travail
3
Selon l’hebdomadaire financier belge « Tendances », en 1975, la part
des revenus du travail comptait pour quelque 70% du PIB (produit
intérieur brut) de l’Union européenne à 15. Trente ans plus tard, il
n’atteint pas 58 % (Marc Mangenot-Fondation Copernic). Que s’est-il
passé ?
Dans la relation complémentaire Travail-Capital qui produisait la richesse
marchande de la société de marché de 1945 à 1975 (appelé la période fordiste
des trente glorieuses), l’équilibre s’est rompu au profit du Capital dans les
trente années suivantes (1975-2005).
Sans le voir nous avons changé de contrat social, ces trente dernières
années où les revenus du capital ont augmenté en France de 22% et
ceux du travail ont baissé de 17 % ( Le Monde, René Passet). Dans le
couple Marché –Etat qui a permis la reconstruction après la dernière
guerre mondiale et l’enrichissement collectif des Trente glorieuses
(1945-1975), l’équilibre s’est rompu entre les deux au profit du
marché devenu sans frontières.
Transféré au domaine des valeurs « Liberté –Egalité » en tête de notre
constitution de 1789, qui a marqué le monde entier, c’était comme si la valeur
Liberté avait irréversiblement pris le pouvoir sur la valeur Egalité, après 1975 !
Pour le philosophe Hegel la monnaie « est de la liberté frappée » et pour
beaucoup d’entre nous avoir de l’argent est gage de liberté.
Comment comprendre que les partis politiques de gauche,
normalement sensibles au rôle régulateur de l’Etat, n’aient pas pu ou
su voir dans les années 1980, cette rupture du contrat social inscrit
dans la Constitution ? Comment ont-ils pu à ce point adhérer au
consensus de Washington formulé par le président Reagan et madame
Thatcher et résumé par la célèbre formule TINA (There Is No
Alternative) : il n’y a pas d’alternative à la société de marché ?
Les années 1975, début de la révolution technologique évoquée plus haut,
marquent le début d’un transfert massif d’emploi des activités industrielles qui
se robotisent (ou se délocalisent) vers les emplois de la société de service où
se logent maintenant 80 % des emplois. La montée de la grande distribution
dans les périphéries des villes, au détriment des petits commerces de
proximité, date aussi de ces années là. Par la nature même de cette société
de service où s’échangent de l’information, des relations, des images, du
temps…plus que des objets de consommation de masse, la croissance passe
des 4,8% (moyenne des trente glorieuses) à 2% (moyenne des trente années
suivantes). Quoi de plus normal !
Jamais il n’aurait été plus opportun de débattre à nouveau du contrat social en
mettant à l’ordre du jour l’affectation équilibrée des richesses quand la
productivité du travail (engendrée par la révolution technologique acceptée par
tous) devenait supérieure à la croissance ! « Quelle nouvelle répartition entre
capital, travail et baisse des prix - de ce surplus de richesse collectivement et
4
interactivement créée ? » aurait pu être au centre des débats sur la « res
publiqua » ou le vivre ensemble.
Le choix tacite maintenant paraît évident, confirmé par tous les chiffres
officiels : les milliards d’heures travaillées libérés par la révolution
technologique au lieu de se transformer en « temps choisi » et qualité de vie
pour tous, s’est reporté en temps libre « subi et non choisi » pour les exclus de
l’emploi.
Ainsi est né le deuxième peuple de France, cet ensemble hétérogène
des « sans voix » parce que non représenté par les syndicats, dans
notre pays qui produit deux fois plus de marchandises avec un tiers
d’heures travaillées en moins. Ces héritiers du temps libéré, mais le
plus souvent subi car sans revenu et reconnaissance sociale, ont pour
nom chômeurs (dont seul la moitié sont indemnisés), travailleurs
précaires à temps partiel subi, rmistes etc …soit douze millions de
français dont les revenus monétaires ne dépassent pas les 820€ par
mois (seuil de pauvreté) nous dit l’INSEE.
Déjà dans les années 1980, François Mitterrand disait « sur la question du
chômage, nous n’avons pas fait mieux que les autres ».
Quant au premier peuple de France, qui dispose encore d’un emploi, il
s’est renouvelé et enrichi depuis 1980 de 6,5 millions de femmes
supplémentaires, qui sont rentrées par nécessité ou désir de reconnaissance,
dans le monde des salariés d’une société de service mieux adaptée à elles, et
de deux millions d’hommes supplémentaires rentrés sur le marché du travail
en raison de la croissance démographique.
Ce premier peuple de France « accroché désespérément à son
emploi » de peur de le perdre (c’est l’actionnaire qui décide !) et qui
pose la question du pouvoir d’achat, est –il plus heureux pour autant ?
Il subit aussi cette non réévaluation du contrat social (Capital-travail),
imposé par la « destruction créatrice », pour nous libérer du travail
dont nos ancêtres auraient rêvé ? Sûrement que beaucoup d’entre eux
auraient préféré plus de temps libre, si leur revenu n’avait pas été
aussi érodé par la victoire des revenus du capital sur les revenus du
travail !
J’en ai pour preuve le succès de notre expérimentation citoyenne du temps
Jacky Fayolle ancien directeur de l’IRES (Institut de recherche
économique et sociale) évalue en gros de 120 milliards à 170 milliards
d’euros ce transfert des revenus du travail (les salariés) vers le Capital
(les actionnaires) depuis 1983 ! (le monde diplomatique janvier 2008).
Comment les exclus du travail peuvent-ils comprendre alors le discours
politique actuel qui, avec la complicité des médias, se focalise sur le
déficit de la sécurité sociale (12 milliards) et sur les retraites (5
milliards) !

sam telam

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Message  sam telam le Ven 22 Fév - 11:52

5
choisi1 mené de 1992 à 1994 en Rhône Alpes qui proposait « un chèque de
temps choisi de 3500 francs net /mois » (simple calcul de transfert de charge
d’un chômeur à mi-temps en moins) à toute personne qui négociait avec son
employeur un passage à mi-temps pour s’adonner à un projet de temps choisi
à finalité associative sociale, culturelle ou écologique dans son environnement
de proximité. Mais la gauche française n’en a pas voulu préférant avec Martine
Aubry les 35 heures pour tous, contre de la flexibilité, solution plus
traumatisante pour les petites entreprises que le temps choisi ! Les femmes
italiennes ont repris avec succès notre projet du cheque de temps choisi
(encouragé par l’Europe) que la vague Berlusconi a vite remis au panier.
1 Voir sur cette expérimentation « université citoyenne du temps choisi » le livre : « Le temps choisi, un nouvel art de
vivre pour partager le travail autrement » francois Plassard , préface Albert Jacquard, édition Charles Mayer .
Voilà donc le premier peuple de France s’interroger pour nombre
d’entre eux sur leur stratégie de « perdre sa vie à vouloir la
gagner » en voyant leur ascension sociale remise en cause et leur
pouvoir d’achat s’éroder, avec en prime le doublement des loyers !
Pourtant ce sont des héros laborieux du travail puisque même les
statistiques américaines reconnaissent à la France la palme d’or des
gains de productivité au travail, pour les plus grands bénéfices des
actionnaires du Capital ! Mais il n’y a pas de gloire sans prix à
payer ! Ces dix dernières années les conditions de vie au travail se
sont à ce point dégradées en France qu’une femme salariée sur trois
et un homme salarié sur cinq sont devenus malades du travail
(consommation record d’anxiolytiques) nous déclare le ministère de
la santé et l’IFSS (institut français du stress et de la santé) ! Le
mode de vie dominant « métro- boulot- dodo » de ce premier
peuple laborieux de France dont 17% sont au SMIC (autre record
européen), choyé par le Politique et les médias, ne laisse guerre de
temps autre (surtout pour les femmes qui cumulent le travail
domestique invisible et l’emploi) que la télévision pour renouveler
leur désir mimétique de consommation à travers des spots
publicitaires alternant football et star mania, et réfléchir ainsi avec
sens critique aux évolutions de la société. Il n’est pas étonnant
qu’ils se laissent séduire par la proposition récente « de travailler
plus pour gagner plus » sans s’interroger sur les fondements du
contrat social Capital-Travail dont ils pensent bénéficier en
devenant des petits actionnaires1 , mais qui produit sous leur yeux
la société duale depuis les années 1980 ! Cette dualisation
engendre mal être, tensions, délinquance, solitude, maladies,
suicides, violence ? Qu’importe, elle crée les emplois qui lui sont
liés ! A chacun sa solution individuelle : résidences sécurisées,
police de proximité, école que l’on peut choisir, « chèques emplois
services » pour embaucher des domestiques en payant moins
d’impôts et en travaillant plus etc.! Et l’Etat dans tout cela ? Il se
retire pour laisser les associations bénévoles colmater les brèches
au nom du nouveau concept d’économie solidaire.
6
Ne nous y trompons pas, l’assistance de l’Etat (minima sociaux) à ceux qui
n’ont pas de travail ne fait que diminuer en pourcentage dans le PIB. Par
exemple le RMI qui représentait 2,3 heures de SMIC horaire /jour à sa création
en 1989, ne représente plus que 1,8 heures de Smig horaire /jour aujourd’hui
(-22%).
Le rôle historique du Politique : la régulation de la violence
Dans le contexte historique d’une mutation de société vers une société
urbaine à dominante de service (où les emplois féminins deviennent
majoritaires depuis peu), où le débat politique se réduit au débat technique et
fiscal de gestion des affaires les plus sensibles (celles qui ont accès aux grands
médias de moins en moins indépendants), que reste t-il au Politique comme
marge de manoeuvre ? Celui, le plus souvent de déshabiller fiscalement Pierre
pour habiller Paul, dans un consensus généralisé (à droite comme à gauche) de
recul nécessaire de l’Etat ? Qui n’a pas entendu « les caisses de l’Etat sont
vides », « l’Etat est endetté » pour plaider le recul de l’Etat, mais qui
s’interroge sur le contenu de cette dette ?
Que doit comprendre le premier peuple laborieux de France ?
De 1980 à 2003 les dépenses de l’Etat sont restées stables par rapport
au PIB (22,8% en 2003 contre 23% en 2003), mais les recettes ont
baissé : 18,8% du PIB en 2003, alors qu’elles représentaient 22,3% du
PIB en 1980 !
Les rois de France qui ont construit des cathédrales grâce à leur pouvoir de
créer de la monnaie, en auraient le souffle coupé ! Pire, c’est 650 milliards
d’euros d’intérêts cumulés que le premier peuple de France a payé par
son labeur aux banques depuis 1980 ! En éclairant cet exorbitant
privilège concédé aux banques de créer à partir de rien des titres de
créance2 pour prélever des intérêts, opérant ainsi un formidable
2 L’argent moderne n’est que temporaire, il n’existe qu’entre le moment où il est créé par le crédit et celui où il est
Contrairement à ce qu’on pense la dette de l’Etat ne s’alourdit pas en
raison de l’accroissement des dépenses, mais par l’effet cumulé de
l’abaissement des recettes. La recherche d’économie d’impôt dans les
grandes entreprises n’est-elle pas devenue un art aussi recherché que
la quête de profit ? Mais l’abaissement des recettes c’est aussi et
surtout l’effet « boule de neige » de l’intérêt ! (Michel Husson 2006
administrateur de l’INSEE et chercheur à l’IRES, lettre d’avril 2006
« dette publique, rente privée »). Les intérêts de remboursement
annuel de la dette de l’Etat approchent maintenant le montant de
l’impôt sur le revenu (soit 40,8 milliards d’euros sur les 57,5
milliards d’impôts sur le revenu). Le premier peuple de France paye
donc par ses impôts sur le revenu une charge (l’intérêt) que le
banquier prélève sur notre richesse, que l’Etat n’aurait pas eu à
payer s’il n’avait pas abandonné son pouvoir souverain de créer de la
monnaie crédit. (Décision de 1983 pour la France et de 1993 pour
l’Europe)
7
transfert de richesse qui échappe bien souvent à l’impôt, on comprend
l’expression célèbre d’Henri Ford : « Il est une chance que les gens de
la Nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire
parce que si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant
demain matin ! ». Maurice Allais (prix Nobel des Sciences économiques
en 1988) ne disait pas autre chose quand il écrivait « dans son
essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle, par le système
bancaire, est identique à la création de monnaie par des faux
monnayeurs, la seule différence est que ceux qui en profitent sont
différents ».
Cette question de la création de la monnaie (depuis la déconnexion de la
monnaie avec la garantie or par R.Nixon le 15 Aout1971) est le point aveugle
de tous les débats de transfert massif des revenus du travail vers les revenus
du capital que nous avons évoqué précédemment. Alors que la monnaie en
circulation (masse monétaire) a été multipliée par 27 en France depuis 1960
(de 14 milliards à 378 milliards d’euros ), le premier peuple de France se sentil
27 fois plus riche en pouvoir d’achat ?
En l’absence de ce débat de fond (tabou ?) qui occulte les conséquences de la
victoire des revenus du Capital sur le travail au profit des plus riches, on peut
imaginer un premier scénario de régulation de la violence pour la fonction
politique :
• flatter le premier peuple laborieux de France pour de nouveaux
sacrifices au nom de la croissance (flexibilité, travailler plus pour
gagner plus, maintien des salaires mais accroissement des
cotisations sociales (CSG) et taxes de toutes sortes qui ne
tarderont pas tels des dépassements de quotas sur l’énergie
fossile, sur les émissions de CO2 etc). Le vieux mythe du salut
par le sacrifice s’appuie toujours sur des fondements culturels
profonds dans notre société judéo chrétienne !
• culpabiliser et promettre au deuxième peuple de France le retour
au plein emploi par la croissance retrouvée dans la compétition
internationale. Le discours sur le chômage se réduirait alors au
discours d’un chômage de friction offre /demande que l’effort de
formation reconversion permettrait de résorber. Faisant partie
des 40% des créateurs d’entreprises qui n’ont trouvé que la
création d’entreprise comme solution à leur situation de
demandeur d’emploi pour se rendre utile, je mesure tout autant
les limites du discours officiel qui réduit le chômage à un simple
chômage de friction offre/demande sans s’interroger sur la vrai
nature d’une société à dominante d’information et de services.
remboursé. Les dix plus gros mensonges sur l’économie page 77 Philippe Derruder et André Jacques Holbecq édition
Dangles

sam telam

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Message  sam telam le Ven 22 Fév - 11:53

8
Ce discours illusionniste du politique relayé par les médias ne convainc
plus personne. Alors que 90% des maux de notre société trouvent leur
source dans la perte de reconnaissance sociale ( le regard des autres )
du au chômage, pour ne pas parler de la perte de revenu dont
l’ampleur commence à peser en « manque à gagner » pour les
entreprises ( insolvabilité), un simple calcul de certificat d’étude que
chacun peut faire permet de s’en convaincre. Si 777 000 emplois ont
été créés en France de 1990 à 2000 avec 1,8% de croissance moyenne
par an, combien faut-il de croissance de PIB pour absorber 4,3 millions
de chômeurs ? Les chiffres officiels du chômage ne prennent en
compte que la première catégorie des huit catégories de chômeurs de
l’ANPE, pour des raisons de comparaisons internationales BIT3.
Si 1% de croissance a créé 43000 emplois (777 000/ 18% cumulés en
dix ans), il faut donc 100 % de croissance cumulée (Soit 20%/an sur
un mandat politique de 5 ans !) pour absorber 4,3 millions de
chômeurs ! Nous nous souvenons des discours politiques des années
1990 qui disaient qu’en deçà de 3%, la croissance ne mordait pas sur
le chômage (Raymond Barre). Et nous comprenons bien qu’à
croissance zéro, si une entreprise embauche par croissance de son
chiffre d’affaire, c’est une autre entreprise concurrente qui débauche
par décroissance de son chiffre d’affaire.
Le deuxième peuple de France exclu de l’emploi et de la reconnaissance qui lui
est lié, ne se fait d’ailleurs pas d’illusion sur le discours politique. Culpabilisé
par une armée d’inséreurs professionnels (pas dupes non plus), il fait semblant
de chercher (à quel coût humain !) un emploi introuvable et que la souffrance
vécue par ceux qui en ont, rend de moins en moins enviable !
L’enjeu du deuxième peuple de France consiste alors à transformer
son temps libre subi (ce qui nécessite un travail sur soi conséquent)
en temps libre choisi pour survivre et donner sens à sa vie à l’écart des
regards des héros de la croissance ;
Christian Dejour dans son livre « la souffrance en France » décrit avec
quelle facilité Hitler a su jouer de cette logique du bouc émissaire
dans une Allemagne avec six millions de chômeurs en focalisant la
responsabilité du chômage sur les juifs. Dans d’autres contextes
historiques de manque d’emplois, les indésirables étaient encouragés
à s’expatrier vers les Amériques, les missions humanitaires pour les
jeunes peuvent jouer le même rôle !
Laissons là les trouvailles, que le Politique ne manquera pas de trouver, en
renvoyant dos à dos les travailleurs et les sans emplois pour justifier la
situation actuelle très semblable à la crise de 1929. Mais constatons que dans
3 Pour le CERC (centre d’étude et recherche sur les coûts) et l’association ATTAC c’est de 5 à 7 millions de français qui seraient
privés d’un emploi. Le chiffre 4,3 millions de chômeurs est une moyenne basse prise pour la simplicité du calcul.
9
notre société duale deux imaginaires sociaux différents se construisent parce
que leurs temps sociaux du quotidien n’ont plus le même contenu, ni le même
sens. Imaginons comment ces deux imaginaires au lieu de s’opposer
pourraient se compléter dans un scénario différent de celui du Titanic, celui
plus enviable d’une métamorphose ?
Une autre régulation de la violence : la crise écologique au
secours de la crise sociale ?
Face aux enjeux d’une crise sociale et écologique sans précédent à l’échelle de
notre histoire (fin des énergies non renouvelables, réchauffement climatique,
et chute de la biodiversité ), des initiatives citoyennes multiples n’ont pas tardé
à se manifester dans la diversité des réalités locales. Ses composantes les plus
actives se trouvent au sein du deuxième peuple de France, les premiers à avoir
compris qu’aucune solution ne pouvait être trouvée dans la croissance
exclusive du marché, qui depuis les années 1975 n’évolue plus dans le même
sens que l’évolution du bien être social.
Si la croissance économique est un préalable au progrès, arrivé à un
certain niveau, elle a des rendements décroissants en terme de bien
être ! Des 1995, plus de 400 économistes américains ont éclaté en
deux catégories le PIB des USA : celles porteuses de qualité de vie
nommées Genuine Progress Indicator ou IPR, Indicateur du Progrès
Réel et les autres qui ont un effet négatif sur cette qualité (pollutions
de l’eau, des sols, de l’air, chômage, déplacements, délinquance,
maladies liées à la croissance, destruction des forêts etc.). Pour
l’année 1998, le montant consacré au bien être aux USA IPR : 1 770
milliards de dollars, ne constituent que le tiers du montant consacré à
la consommation globale PIB : 5 153 milliards de dollars ! En Europe
les mesures du PNUD (Programme des nations unis pour le
développement) montrent les mêmes écarts entre le PIB et l’indicateur
du développement humain IDH.
Tout converge vers l’idée qu’une re-conception du contenu de la croissance (
quoi produire ? pour qui ? avec qui ? et comment ?) peut être favorable au
bien être en même temps qu’elle devient nécessaire face aux enjeux de la
crise écologique dont les premiers effets sont déjà là.
Une révolution culturelle en perspective tant dans nos comportements
et gestes du quotidien dans notre manière de vivre et de consommer
que dans une évolution de nos systèmes productifs ! Sur les
comportements du quotidien, le deuxième peuple de France (par sa
faible empreinte écologique) est en avance et culturellement mieux
préparé que le premier peuple de France qui privilégie une économie
de l’avoir sur une économie de l’être ! Certains revendiquent le titre
d’ « objecteurs de croissance », d’autre se réclament d’une sobriété
volontaire qui peut être aussi joyeuse.
10
Mais pour passer d’un système productif linéaire qui extrait, transforme, et
jette : 99% de nos marchandises ont six semaines de vie, 80% n’ont qu’un
seul usage, 1/3 des matériaux sont recyclés (Futuribles 2005)
en système productif circulaire sur le cycle de vie des produits qui
« réduit, réutilise, recycle, récupère, reconditionne, répare, réemploi,
relocalise », il faut aussi des savoirs et l’intelligence des entreprises existantes
avec l’appui de nombreux talents des associations de la société civile dont les
salaires pourraient être aidés par l’Etat en toute logique de relance
keynésienne comme en 1936 ! Les bilans énergie, CO2, toxicité, matière,
diversité, bien être qui accompagnent une telle nouvelle économie n’ont rien à
voir avec un retour à la bougie !
Cette autre régulation de la violence qui intégrerait l’effort conjugué
des deux peuples de France pourrait prendre l’allure d’un grand
chantier où la monnaie (invention des hommes) serait remise à sa
juste place d’outil au service du bien commun. La métamorphose vers
ce nouveau contrat social cette fois explicite, serait alors celle du
passage d’une société de marché (qui concentre la richesse en
quelques mains) à une société « avec » marché riche de créativité et
de lien social !
Mais préférons-nous le scénario du Titanic où seuls les premières classes
arrogantes, rentières du capital, se prémuniront dans une société d’Hyper
contrôle digne du roman d’Orwell, des effets des catastrophes sociales,
écologiques et monétaires à venir ? Dans le nouveau rapport au temps
(instantané) et à l’espace où nous entraîne la révolution technologique, est-il
bien raisonnable de revenir, comme au Moyen âge, à des forteresses (ou
citadelles) de paix et de richesse dans des océans d’insécurité et de misères ?
Francois Plassard
qui comme de nombreux autres chercheurs de sens de ce deuxième peuple de
France, porte un projet de création de hameaux de maisons bioclimatiques en
partenariat avec des maires ruraux.
Auteur du livre : « Crise écologique ou crise sociale ? vivre ensemble
autrement » Editeur : www.leseditionsovadia.com
.

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