L'air pur du Chiapas...

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L'air pur du Chiapas...

Message  clomani le Dim 27 Jan - 17:55

Je vous copie l'article... ça me permettra de le lire dans le détail tranquillement... (c'est dans Rue 89)
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Mexique: quatorze ans après, la révolution zapatiste danse encore


Par Jerôme Baschet (chercheur à l'EHESS) 15H45 26/01/2008


1er janvier 1994: le Traité de libre commerce de l’Amérique du Nord
(TLCAN) entre en vigueur. Pendant que le Mexique d’en haut sable le
champagne, l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) occupe sept
villes du Chiapas et lance le "Ya basta!" du Mexique d’en bas.
1er janvier 2008: l’ultime volet du TLCAN entre en vigueur (mais,
haricot rouge, lait, canne à sucre), avec des effets qui s’annoncent
ravageurs pour une paysannerie déjà exsangue.
Les zapatistes, eux, sont toujours là. Ils ont résisté aux attaques
militaires de 1994 et de février 1995, à la stratégie de
paramilitarisation qui a conduit au massacre d’Acteal le 22 décembre
1997, aux faux-semblants gouvernementaux, au succès puis à l’oubli
médiatiques, aux erreurs, à l’usure d’une lutte menée dans des
conditions éminemment précaires.
Résisteront-ils au harcèlement dont ils sont l’objet depuis
plusieurs mois? Le sous-commandant Marcos ne vient-il pas d’indiquer,
avec gravité, qu’une offensive d’envergure se préparait, répandant déjà
"l’odeur fétide de la guerre"?
Le zapatisme est passé de mode? Tant mieux!
Ce mois-ci, le magazine latino-américain Gatopardo
consacre sa "une" à Marcos et publie un reportage de Laura Castellanos,
qui l’a suivi sur plus de 3 000 km du nord au sud du Mexique. Plusieurs
journaux français ont attrapé au vol quelques bribes de cette
publication, bien vite qualifiée de "people".
Que
n’aimerait-on lire plus souvent, dans la presse dite sérieuse, des
articles aussi exigeants, critiques et scrupuleux, pondérés quoi que
sans concession! Mais faut-il s’étonner que ceux qui ont toujours
traité le mouvement zapatiste par la dérision ne retiennent de
l’interview de Marcos que la mention, à mi-chemin entre la nostalgie et
l’auto-ironie, d’être "passé de mode"?
Eh bien, tant mieux! N’est-ce pas l’occasion d’un regard plus
attentif sur ces quatorze années? Après douze jours de combats, en
janvier 94, les zapatistes acceptent le cessez-le-feu réclamé par une
ample mobilisation populaire et s’engagent dans la recherche d’une
solution négociée.
Le 16 février 1996, ils signent les accords de San Andrés avec le
gouvernement fédéral, puis avalisent le projet de réforme
constitutionnelle préparée par la commission parlementaire ad hoc, que
le président Zedillo, lui, refuse. En 2001, dans le contexte créé par
l’élection de Vicente Fox, les zapatistes entreprennent la Marche de la
couleur de la terre, pour demander au Parlement de voter cette réforme.
Devant la surdité des partis, les zapatistes font campagne "en bas à gauche"
Leur attitude extraordinairement légaliste est mal payée en retour:
tous les partis politiques approuvent un texte profondément différent,
que les organisations indigènes du Mexique dénoncent comme une
trahison. Les zapatistes en tirent la conclusion qu’ils se sont trompés
d’interlocuteurs (d’où l’"Autre campagne", qui tente de construire, en
marge des campagnes électorales et des partis, un programme de lutte
"en bas et à gauche").
Surtout, dès 2003, ils engagent la mise en œuvre de facto, mais sans
reconnaissance légale, de l’autonomie prévue par les accords de San
Andrés, en créant cinq "conseils de bon gouvernement" (Juntas de buen
gobierno), instances régionales destinées à coordonner l’action des
communes autonomes esquissées dès 1994.
Les conseils amplifient les efforts pour multiplier cliniques et
écoles autonomes (associant récupération de la culture indigène et
ouverture aux peuples du monde), développer des coopératives de
production, mettre en place une justice fondée sur la réparation plutôt
que sur le châtiment.
Ils sont formés par des membres élus des communes autonomes, pour
des mandats courts, révocables à tout moment, et sans rémunération.
Loin de toute idéalisation, c’est une "école de gouvernement", au ras
du sol, par laquelle des communautés paysannes s’efforcent de
construire leur auto-organisation, en même temps qu’une réalité sociale
neuve.
Une autre voie, sans parti ni Etat, pour changer le monde
Cette expérience étonnante offre une critique en acte des traditions
révolutionnaires du XXe siècle, qui considéraient l’Etat comme
l’instrument déterminant de la transformation sociale. C’est une autre
voie, non étatique, que suggèrent les zapatistes, en prétendant que
l’on peut changer le monde sans prendre le pouvoir et en refusant toute
idée d’un parti ou d’une organisation d’avant-garde.
Or, le binôme parti d’avant-garde et pouvoir d’Etat est probablement
à la source des dérives dictatoriales des révolutions manquées du XXè
siècle. Il y a par conséquent quelque sagesse, si l’on veut raviver le
projet d’un monde libéré de la tyrannie de la marchandise, sans
retomber dans un asservissement tout aussi barbare, à rechercher la
voie d’une transformation sociale non pas imposée d’en haut, mais
s’organisant par en bas.
Il faut pour cela -principe aussi simple que scandaleux- admettre
que les gens ordinaires sont capables de se gouverner eux-mêmes. Quelle
ingénuité!, dira-t-on, au temps de la confiscation professionnelle de
la politique et de la fossilisation de la démocratie représentative. Au
temps où le supposé bon sens s’ingénie à nous convaincre de
l’irrémédiable écart entre l’incapacité du tout venant (vous et moi) et
la science éclairée des "experts" et autres "spécialistes".
Ni volonté d'éclater le Mexique, ni rejet de toute autorité
L’autonomie revendiquée par les indigènes du Chiapas n’a aucun
caractère séparatiste; elle s’appuie sur le droit à la
libre-détermination reconnue par la Convention 169 de l’OIT et la
Déclaration des droits des peuples indigènes, récemment approuvée par
l’ONU.
Quiconque s’est frotté au vigoureux patriotisme des zapatistes ne
saurait, de bonne foi, les accuser de vouloir balkaniser le Mexique. Il
s’agit bien plutôt pour eux de refonder la nation. Par ailleurs, la
pratique politique des zapatistes ne postule nullement la négation de
toute autorité.
Les indigènes du Chiapas ont une haute idée de la fonction de ceux
qu’ils nomment justement "les autorités"; mais leur charge est conçue
comme un service rendu. Ils doivent "commander en obéissant", en
respectant les accords nés des assemblées, en se soumettant à la
volonté collective et sous son contrôle effectif.
Bien sûr, il ne s’agit pas de succomber à une idéalisation du peuple
en soi, car on observe d’abondance, de par le monde, les effets du
manque d’éducation, du consentement à l’ordre existant et à sa propre
oppression. Il s’agit seulement d’admettre que les gens ordinaires,
s’ils rompent avec la passivité et le conformisme, peuvent aisément
faire l’apprentissage des tâches de gouvernement, avec tous les
tâtonnements que cela suppose.
Les zapatistes ont ouvert une petite fenêtre. Absolument modeste, terriblement imparfaite
La commune de Paris a résisté deux mois et demi; les communes
rurales du Chiapas émanent d’une rébellion qui fête son quatorzième
anniversaire. Au milieu d’un désastre planétaire de plus en plus
difficile à occulter (crise financière latente, désastres militaires et
humanitaires, changement climatique et destructions écologiques,
pathologies intimes de la marchandisation de la vie), certains ont
l’audace de croire qu’un autre monde est possible.
Ce qui est plus sûr encore, c’est que le monde existant, qui met en
péril la survie de l’humanité ou du moins la condamne à survivre en
niant sa dignité, n’est plus possible.
Les zapatistes ont ouvert une petite fenêtre. Absolument modeste,
terriblement imparfaite. On peut l’ignorer, s’en gausser, ou savoir gré
aux indigènes du Chiapas de leur humble héroïsme. Et porter au crédit
des zapatistes le mérite d’une pensée politique neuve, où se mêlent la
poésie et le goût de la fête, l’humour et l’auto-dérision.
Une pratique rebelle, qui sait que les choses les plus sérieuses
exigent qu’on se défie de l’esprit de sérieux, qui aime à inventer des
récits où s’entrelacent le quotidien et l’imaginaire. Parce qu’elle en
appelle aux énergies vitales et créatrices des individualités. "Si ta
révolution ne sait pas danser, ne m’invite pas à ta révolution",
disent-ils…


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Re: L'air pur du Chiapas...

Message  Gotch le Dim 27 Jan - 18:25

Super, ce texte! Qu'on est loin de ce qui nous agresse chaque jour avec une obstination démente!

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Re: L'air pur du Chiapas...

Message  sam telam le Lun 28 Jan - 7:42

"commander en obéissant"

c'est le principe du Tao dans toute sa splendeur, l' équilibre entre le Yin receptif et le Yang actif....quelle sagesse!!!


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Re: L'air pur du Chiapas...

Message  Gotch le Lun 28 Jan - 9:37

sam telam a écrit:"commander en obéissant"

c'est le principe du Tao dans toute sa splendeur, l' équilibre entre le Yin receptif et le Yang actif....quelle sagesse!!!

Après tout, les Mexicains d'origine sont des Chinois!...... enfin, des descendants de Chinois, évidemment çà ne date pas d'hier mais la sagesse intrinsèque reste! Le Barbare, c'est bien toujours l'homo ceruseus, le blanc massacreur...

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Re: L'air pur du Chiapas...

Message  clomani le Lun 28 Jan - 11:23

Ce sont surtout des peuples indigènes, respectueux avant tout de la terre sur laquelle ils sont nés... dont les ancêtres ont été suppliciés, niés, tués, utilisés par des Européens qui n'avaient d'intérêt que pour l'or. Ce sont des gens qui ont compris depuis longtemps que rien n'est possible lorsqu'on est seul, mais qu'en revanche, quand on se lie et qu'on s'unit, on peut beaucoup mieux et plus intelligemment. Ce sont des gens qui savent dire merci, qui savent donner même le peu qu'ils ont, qui pratiquent la solidarité.
Et en effet, leur système de "chefferie" est copié sur un vieux système où les dignitaires des villages avaient une "charge"... et où, lorsqu'ils étaient élus, ils devaient tout abandonner pour cette charge, et se consacrer corps et âme à la communauté. Ils avaient un rituel où le chef, lors de sa nommination était assis au-dessus dans une chaise trouée au-dessus d'un feu. S'il se laissait trop aller, son derrière était directement exposé aux flammes... C'était symbolique mais je trouve qu'on devrait appliquer ce symbole à un certain Sarkozy... il n'aurait plus de derrière depuis longtemps s'il était indigène... et il aurait été viré par le conseil des citoyens.

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Re: L'air pur du Chiapas...

Message  billbaroud35 le Lun 28 Jan - 11:31

Smile ce texte est un petit bijou qui gonfle le moral! Bravo

merci pour le post clo! Number One

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Re: L'air pur du Chiapas...

Message  clomani le Lun 28 Jan - 12:00

Conclusion : un autre monde est possible. Ca l'a été au Chiapas... à un prix assez fort (parce qu'il y a eu beaucoup de morts côté zapatistes les premières semaines : l'armée mexicaine a quelque peu abusé des armes) ! Mais ces gens ont réussi à dialoguer, à nouer des liens avec plein de gens dans le monde qui souhaitaient, comme eux, avoir un peu plus d'oxygène et moins d'oppression. Marcos leur a servi de courroie transmettrice, de très bonne courroie transmettrice. En fait, j'avais analysé la parole zapatiste, dans mon mémoire de maîtrise... et la parole zapatiste, c'est du liant... Ils ont su marier les légendes, les us et coutumes indigènes, le zapatisme de Zapata, le marxisme des étudiants rescapés de la tuerie de 68 à Mexico -eux aussi, ils en ont pris plein la gueule, et là l'armée a tiré-, et les moyens modernes de communication. Le néo-zapatisme, c'est un mélange de tout ça.
En plus, leur discours est très simple... moi chaque fois que j'entendais un discours lorsque dans une ou deux escales de zapatours, d'un petit indigène, ou celui de Marcos (mais Marcos se mettait toujours au service des indigènes, jamais en avant), j'avais les larmes aux yeux... Parce qu'ils parlaient simplement (pour mon espagnol primitif), de partage, d'amour, de vie ensemble, de droits et de devoirs, d'amour de la terre.
Ce qu'on ne sait pas, c'est que le Chiapas est complètement quadrillé par l'armée mexicaine... une horreur. Ils arrêtent les bus et montent pour vérifier qu'il n'y ait pas des Zapatistes (dès qu'un mec a une tête trop indigène, zou, il est embarqué)... En plus les politiques distribuent des subsides aux maires de village voisins des communautés zapatistes, qui lèvent des brigades privées... lesquelles font des descentes pour zigouiller quelques Indiens. Là où il y a l'armée, il y a de la corruption, de la prostitution, des viols et tout ce qui s'ensuit.
Donc les Communautés zapatistes ont fait de la résistance... mais une résistance pacifique. Quand l'armée arrivait pour embarquer des mecs, les femmes faisaient un blocus... des petites indigènes au visage caché par un "pallacate" (un petit foulard rouge et jaune) ! Les femmes en résistance demandaient qu'on leur apporte de la toile et du fil à broder car elles voulaient continuer à transmettre ce que leur avaient appris leurs mères et leurs grand-mères... les traditions. Les hommes demandaient juste un lopin de terre et des graines de courge, du maïs et un ou deux dindons pour avoir leur "milpa" : le petit champ qui permet de vivre en autarcie. Là-dessus, les Marxistes sont venus mettre un peu de discipline, et nettoyer pour pouvoir mieux vivre en communauté. Car ce qui gangrène les indigènes, c'est l'alcool.
Comment voulez-vous ne pas tomber en amour devant une telle façon de résister ?

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Re: L'air pur du Chiapas...

Message  Gotch le Lun 28 Jan - 12:08

clomani a écrit:Conclusion : un autre monde est possible. Ca l'a été au Chiapas... à un prix assez fort (parce qu'il y a eu beaucoup de morts côté zapatistes les premières semaines : l'armée mexicaine a quelque peu abusé des armes) ! Mais ces gens ont réussi à dialoguer, à nouer des liens avec plein de gens dans le monde qui souhaitaient, comme eux, avoir un peu plus d'oxygène et moins d'oppression. Marcos leur a servi de courroie transmettrice, de très bonne courroie transmettrice. En fait, j'avais analysé la parole zapatiste, dans mon mémoire de maîtrise... et la parole zapatiste, c'est du liant... Ils ont su marier les légendes, les us et coutumes indigènes, le zapatisme de Zapata, le marxisme des étudiants rescapés de la tuerie de 68 à Mexico -eux aussi, ils en ont pris plein la gueule, et là l'armée a tiré-, et les moyens modernes de communication. Le néo-zapatisme, c'est un mélange de tout ça.
En plus, leur discours est très simple... moi chaque fois que j'entendais un discours lorsque dans une ou deux escales de zapatours, d'un petit indigène, ou celui de Marcos (mais Marcos se mettait toujours au service des indigènes, jamais en avant), j'avais les larmes aux yeux... Parce qu'ils parlaient simplement (pour mon espagnol primitif), de partage, d'amour, de vie ensemble, de droits et de devoirs, d'amour de la terre.
Ce qu'on ne sait pas, c'est que le Chiapas est complètement quadrillé par l'armée mexicaine... une horreur. Ils arrêtent les bus et montent pour vérifier qu'il n'y ait pas des Zapatistes (dès qu'un mec a une tête trop indigène, zou, il est embarqué)... En plus les politiques distribuent des subsides aux maires de village voisins des communautés zapatistes, qui lèvent des brigades privées... lesquelles font des descentes pour zigouiller quelques Indiens. Là où il y a l'armée, il y a de la corruption, de la prostitution, des viols et tout ce qui s'ensuit.
Donc les Communautés zapatistes ont fait de la résistance... mais une résistance pacifique. Quand l'armée arrivait pour embarquer des mecs, les femmes faisaient un blocus... des petites indigènes au visage caché par un "pallacate" (un petit foulard rouge et jaune) ! Les femmes en résistance demandaient qu'on leur apporte de la toile et du fil à broder car elles voulaient continuer à transmettre ce que leur avaient appris leurs mères et leurs grand-mères... les traditions. Les hommes demandaient juste un lopin de terre et des graines de courge, du maïs et un ou deux dindons pour avoir leur "milpa" : le petit champ qui permet de vivre en autarcie. Là-dessus, les Marxistes sont venus mettre un peu de discipline, et nettoyer pour pouvoir mieux vivre en communauté. Car ce qui gangrène les indigènes, c'est l'alcool.
Comment voulez-vous ne pas tomber en amour devant une telle façon de résister ?
Ah que j'irais bien là-bas, mais je ne connais pas un mot d'espagnol, histoire de pouvoir après apprendre le langage (sans doute aztèque) du peuple....

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Re: L'air pur du Chiapas...

Message  clomani le Lun 28 Jan - 14:12

Nan, pas de l'aztèque... plein de petits langages... très gutturaux d'après ce que j'ai pu en entendre. Mais il doit y avoir une base en effet indigène. Chaque communauté parle un langage spécial. Par exemple, du côté de Comitan, presque à la frontière du Guatemala, ils parlent le Tojolabal... c'est l'ethnie tojolabale. Et, en tojolabal, être tojol, c'est être dans l'état où se trouve la tortilla lorsqu'elle a fini de cuire... parfait.
Pas trop cuite, pas trop crue... juste à point. C'est dans cette langue qu'il n'y a pas de complément d'objet : tout est sujet... c'est dire le respect qu'une telle langue peut engendrer : même les arbres, les pierres, les fleurs, ont leur vie et sont les sujets de leur propre vie. Moi je trouve ça merveilleux...
En attendant, si tu veux te faire une idée de ce que sont ces gens, tu peux aller sur les sites... y'en a plein. Je vais essayer de t'en trouver en français. Mais sinon tu as le bouquin des communiqués du sub-comandante Marcos, le 1er... A coup d'historiettes, de légendes et tout, Marcos donne une bonne idée de ce qu'est le monde zapatiste.

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Re: L'air pur du Chiapas...

Message  sam telam le Mar 29 Jan - 8:30

clomani a écrit:Nan, pas de l'aztèque... plein de petits langages... très gutturaux d'après ce que j'ai pu en entendre. Mais il doit y avoir une base en effet indigène. Chaque communauté parle un langage spécial. Par exemple, du côté de Comitan, presque à la frontière du Guatemala, ils parlent le Tojolabal... c'est l'ethnie tojolabale. Et, en tojolabal, être tojol, c'est être dans l'état où se trouve la tortilla lorsqu'elle a fini de cuire... parfait.
Pas trop cuite, pas trop crue... juste à point. C'est dans cette langue qu'il n'y a pas de complément d'objet : tout est sujet... c'est dire le respect qu'une telle langue peut engendrer : même les arbres, les pierres, les fleurs, ont leur vie et sont les sujets de leur propre vie. Moi je trouve ça merveilleux...
En attendant, si tu veux te faire une idée de ce que sont ces gens, tu peux aller sur les sites... y'en a plein. Je vais essayer de t'en trouver en français. Mais sinon tu as le bouquin des communiqués du sub-comandante Marcos, le 1er... A coup d'historiettes, de légendes et tout, Marcos donne une bonne idée de ce qu'est le monde zapatiste.

Moi je trouve ça merveilleux...

et bien , on y vient tout doucement.....

Le Merveilleux est beau, il n' y a même que le Merveilleux qui soit beau.

Dédé les amourettes folles alias André Breton

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Re: L'air pur du Chiapas...

Message  clomani le Mar 29 Jan - 11:40

J'ai complètement oublié de chercher des liens... en v'là déjà un en français mais il "coince" (ou Firefox a des problèmes chez moi) :
azls.blogspot.com (sans www devant mais avec http bien sûr). Clin d'oeil

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Pas si pur que ça en fait...

Message  clomani le Jeu 28 Fév - 12:05

C’est la haute saison du “zapatourisme”, l’industrie

des voyageurs internationaux qui s’est développée

autour du soulèvement zapatiste et TierrAdentro est le

point de rencontre. Les affiches, la bijouterie et les

textiles réalisés par les zapatistes se vendent

rapidement…néanmoins, la tension est palpable…












Dans le restaurant, dans la cour, où à dix heures du

soir, l’atmosphère est à la fête, les étudiants

universitaires boivent de la bière Sol. Un jeune

montre une photographie du Sous-commandant Marcos,

avec un passe-montagne et une pipe comme toujours, et

lui donne un baiser. Ses amis prennent une photo de

plus de ce mouvement sur lequel fourmillent les

documents.








On m’emmène au milieu de ceux qui font la fête, vers

une pièce fermée au public, à l’arrière du centre.

Ici, la sombre atmosphère semble nous faire plonger

dans un monde à part. Ernesto Ledesma Arronte, un

chercheur de 40 ans, avec une queue de cheval, est

penché sur des cartes militaires et des rapports de

droits humains. “Tu as compris ce qu’a dit Marcos

?
”, me demande-t-il. “C’était très fort. Il n’a

rien dit de semblable depuis de nombreuses années

”.




Arronte fait référence à un

discours qu’a prononcé Marcos la nuit passée (le 16

décembre) au cours du “Premier colloque

international Planète Terre : Mouvement

anti-systémiques
”. Le discours s’intitulait :

Sentir le rouge. Le calendrier et la géographie de

la guerre
” (“Sentir el rojo. El calendario y

la geografía de la guerra
”). Comme il s’agit de

Marcos, c’était poétique et légèrement elliptique.

Mais pour les oreilles d’Arronte, c’était une alerte

rouge. “Ceux qui ont fait la guerre savent

reconnaître les chemins par lesquels elle se prépare

et se rapproche
”, a dit Marcos. “Les signaux

de guerre à l’horizon sont clairs. La guerre, comme la

peur, a aussi une odeur. Et maintenant on commence

déjà à respirer son odeur fétide sur nos terres

”.




L’évaluation de Marcos appuie ce que Arronte et ses

collègues du Centre d’analyse politique et de

recherches sociales et économiques (Centro de Análisis

Político e Investigaciones Sociales y Económicas,

CAPISE) ont suivi à la trace avec leurs cartes et

leurs graphiques. Il y a eu une augmentation

significative de l’activité dans les 56 bases

militaires permanentes que l’État mexicain a en

territoire indigène au Chiapas. Ils sont en train de

moderniser les armes et l’équipement, de nouveaux

bataillons entrent, dont des forces spéciales. Tous

ces éléments sont des signes de l’escalade militaire.






Les zapatistes étant devenus un

symbole mondial pour un nouveau modèle de résistance,

il était possible d’oublier que la guerre au Chiapas

n’a jamais pris fin. Marcos, malgré son identité

clandestine, provocante, a joué ouvertement un rôle

dans la politique mexicaine, surtout aux cours des

élections présidentielles très serrées de 2006
.

Plutôt que de soutenir le candidat de centre gauche,

Andrés Manuel Lopez Obrador, il a été le fer de lance

d’une campagne parallèle, l’“Autre campagne”. Il a

organisé des concentrations où l’attention s’est

portée sur des affaires ignorées par les candidats

principaux.




Au cours de cette période, le rôle de Marcos comme

dirigeant militaire de l’Armée zapatiste de libération

nationale (Ejército Zapatista de Liberación Nacional,

EZLN) a semblé se dissiper. Il était le “Délégué

Zéro
”, l’anti-candidat. La nuit passée, il a

annoncé lors d’une conférence que ce serait sa

dernière apparition dans des activités de ce type

(rencontres, tables rondes, interviews). L’EZLN

est une armée, bien autre chose aussi bien sûr,

mais c’est une armée
”, a-t-il rappelé au public,

et lui, c’est le “chef militaire”.




Cette armée affronte une nouvelle et grave menace, qui

atteint le cœur de la lutte zapatiste. Durant le

soulèvement de 1994, l’EZLN a pris de grandes

extensions de terre et les a collectivisées, sa

victoire la plus tangible. Dans les accords de San

Andrès, le droit des peuples indigènes au territoire a

été reconnu mais le gouvernement mexicain a refusé de

respecter ces accords. Après l’échec à consacrer ces

droits, les zapatistes ont décidé de les appliquer de

fait. Ils ont formé leurs propres structures

gouvernementales, connues sous le nom de « conseils de

bons gouvernements » (“juntas de buen gobierno

”) et de redoubler d’efforts pour construire des

écoles et des cliniques autonomes. Avec les zapatistes

étendant leur rôle de gouvernement de facto sur de

grandes extensions du Chiapas, la détermination des

gouvernements des États fédéral et fédéré pour les

saper s’est intensifiée.




Maintenant ”, dit

Arronte, “ils ont leur méthode ”. Celle qui

consiste à utiliser le profond désir des paysans du

Chiapas à avoir des terres contre celui des

zapatistes. L’organisation d’Arronte a informé que

dans une seule région, le gouvernement a dépensé près

de 16 millions de dollars pour exproprier des terres

et les donner aux nombreuses familles liées au

notoirement corrompu Parti Révolutionnaire

Institutionnel (PRI). Souvent, la terre était déjà

occupée par des familles zapatistes
. Plus grave

encore, nombreux sont les nouveaux “propriétaires

” qui sont liés aux groupes paramilitaires qui

essaient d’expulser les zapatistes des terres sur

lesquelles ils ont de nouveaux titres de propriété. On

assiste depuis septembre à une escalade significative

de la violence : tirs en l’air, coups, familles

zapatistes faisant état de menaces de mort, viols et

dépeçages. Les soldats, dans leurs casernes, auront

bientôt l’excuse dont ils ont besoin pour sortir :

restaurer la “paix ” entre les groupes

indigènes qui se disputent entre eux. Durant des mois,

les zapatistes ont résisté à cette violence et ont

essayé de faire connaître ces provocations. Mais parce

qu’ils n’ont pas choisi de soutenir Lopez Obrador lors

des élections de 2006, le mouvement s’est fait de

puissants ennemis. Et maintenant, dit Marcos, leurs

appels à l’aide se heurtent à un silence

assourdissant.




Il y une décennie, le 22 décembre de 1997, eut lieu le

massacre d’Acteal. Dans le cadre de la campagne

anti-zapatiste, un groupe de paramilitaires ouvrait le

feu à l’intérieur d’une petite église du hameau

d’Acteal, tuant 45 indigènes, dont 16 enfants et

adolescents. Certains furent tués à la machette. La

police de l’État entendit les tirs mais ne fit rien.

Durant les presque trois derniers mois, le quotidien

La Jornada a mis en relief, par une large couverture,

le dixième anniversaire tragique du massacre.




Au Chiapas, toutefois, beaucoup

de gens signalent que les conditions actuelles sont

terriblement familières : les paramilitaires, les

tensions croissantes, les activités mystérieuses des

soldats, le nouvel isolement du reste du pays. Ils ont

déjà une requête pour ceux qui les ont appuyés dans le

passé : ne regardez pas seulement en arrière, regardez

vers l’avant et évitez un autre massacre

d’Acteal
.




Naomi Klein

www.naomiklein.org




Voir l’article d’Espoir Chiapas, Actéal, un

massacre impuni
, dans le dernier numéro de notre

revue Ikewan

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Pierre Desproges

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